ALESIA , ALISE ET LES SEQUANES
Le site d'Alésia se trouve-t-il réellement à Alise-Ste-Reine ?
Ou en terre Séquane ? C'est-à-dire en Franche-Comté , comme le laissent entendre certains auteurs antiques ?
Enquête sur une polémique
Depuis 150 ans , les manuels scolaires , à la suite des fouilles de Napoléon III , localisent la célèbre bataille à Alise-Ste-Reine en bourgogne .
Et malgré tout , depuis 150 ans la polémique n’en finit pas de rebondir entre Alésia l’officielle et les Alésia officieuses qui fleurissent dans l’hexagone .
Nous connaissons essentiellement Alésia par le témoignage de Jules César qui livrant cette grande et décisive bataille à la fin de l'été 52 av.J.-C. , signa ainsi l'entrée de la Gaule dans le giron romain.
Il nous en a laissé un compte-rendu exceptionnel dont la crédibilité n’est mise en doute par personne .
[Néanmoins , concernant le mécanisme de propagande inhérent à l'ouvrage , prendre connaissance de la thèse de M.Rambaud ( voir la bibliographie ).]
Ce témoignage c’est le De Bello Gallico ou Bellum Gallicum ( BG) autrement dit « La Guerre des Gaules« , or cet ouvrage d’une grande rigueur décrit un site qui ne ressemble que partiellement à Alise Ste Reine …
UN POEME ...
L’histoire commence au 9esiècle ap.J.-C. ( vers 864/866 ) avec le moine Héric(°), ce dernier qui étudie à proximité d’Alise remarque non seulement les ruines Gallo-Romaines sur la colline mais aussi l’homonymie avec le nom Alésia , il a étudié le récit de César et ne tarde pas à faire le lien , il en fera un poème ; la légende est née !
(°) Le même , nous apprend que l'issue de la bataille fut fatale ... à César !!!
Te quoque, Caesareis fatalis Alesia castris
(°) Le même , nous apprend aussi que le nom d'Alésia vient du pain excellent qu'on y fabrique ...
Quae, quod alas proprios praepingui pane colonos
Nominis adjectu quondam signata putaris
Belle crédibilité ! Et pourtant ...
La localisation d’Alésia à Alise est issue de ce poème , après celui-ci le pays d'Alise antique - pagus Alisiensis , in pago Alisiense au VIe siècle*- se transformera ponctuellement en pays d'Alésia ( pagus Alésiensis ) et tous les érudits siècles après siècles n’iront jamais chercher plus loin . Seul Napoléon III féru d’histoire et soucieux de rédiger un ouvrage de référence sur le sujet fera fouiller sérieusement le site .
(*) Entre autres , cités par Ernest Negre , Jacques Lacroix ( voir la bibliographie ).
L'histoire mouvementée du site laissait deviner la découverte de travaux et d'objets militaires , ce fut effectivement le cas .
En effet à l'époque gallo-romaine Alise va subir de nombreux sièges attestés
( voir recensement plus loin )
Les indices ne manqueront pas ( fortifications , fossés , armes , ossements , monnaies par centaine ... ) , elles seront discutées mais les fouilles des années 1991 à 1997 viendront conforter les archéologues alisiens dans leurs certitudes ( Les matériaux recueillis sont pour partie et sans contestation liès à la fin de l'époque républicaine , soit approximativement de 60 à 20 av.J.-C.
Voir sur le sujet l'annexe Alise = Fouilles partie 2 .
L'étude du rapport de fouilles 91/97 permet effectivement de corroborer en grande partie ces certitudes , mais depuis 2002 plusieurs rapports de fouilles ou études sont venus nuancer ou contredire certaines conclusions essentielles du rapport .
De manière plus générale , rien n'indique que César ait effectué un recensement exhaustif de tous les sièges ayant eu lieu pendant la guerre des Gaules , Plutarque laisse entendre qu'ils pourraient s'élever à plusieurs centaines !
De plus , la période post guerre des Gaules , va s'avèrer quasiment aussi agitée , au moins jusqu'à l'époque augustéenne ( vers -12 ) . Seule l'absence de sources aussi complétes que les commentaires de César , entraine l'attribution de la plupart des événements militaires à la seule période - 58 -51 .
Concernant le siège d'Alise , celui-ci se situe donc entre l'entrée de César en Gaule et le début de l'empire , il s'agit d'une fourchette de datation raisonnée issue des fouilles , même si le " faisceau d'indices " semble plaider pour un épisode Césarien .
Toutefois la période concernée par le siège d’Alise peut être estimée à une trentaine d’année ; pour pouvoir ramener cette période à un événement sur une année bien précise , il faut que le faisceau d’indices soit quasi-irréprochable , or les éléments qui le composent sont trop fragiles - voire bien souvent incompatibles- pour identifier de manière certaine le siège alisien avec Alésia .
Malgré tout , le problème serait donc résolu ?
Non ! Le problème n’est pas résolu , loin de là , et la polémique va renaître
sans cesse …
Car non seulement le site ne colle pas avec le texte mais certaines "preuves" apparaissent bien légères !
ALISIIA ...
Lors des fouilles dans les ruines gallo-romaines d’Alise , on trouva l’inscription Alisiia
( deuxième moitié du 1er siècle après J.-C. ) , il n’en fallut pas plus pour que les défenseurs du site ne proclament partout qu’ils tenaient la preuve ultime .
Et pourtant là encore cette inscription pose un sérieux problème , car en effet on y lit Alisiia et non Alésia !
Vrai ! Rétorquent en chœur certains défenseurs du site bourguignon , mais cette évolution phonétique subie par les voyelles à travers les siècles est tout à fait normale, d'ailleurs l’étude de la linguistique le prouve !
Cette évolution aurait donc fini par donner Alisiia !
Question : Quand cette transformation se serait-elle produite ?
Il est un fait qu’il existe un terme pré-celtique « P-Alis « qui a ensuite formé la racine celtique « Alis « ( roche , hauteur , falaise ) d’où procède par exemple le germanique « Falis « qui a donné l’allemand« Fels « ( falaise ) ; nous serions donc passé d’un lointain Alis à certains sites de hauteur nommés Alésia .
P-Alis a donc donné à un moment que nous ne connaissons pas , pendant la période protohistorique , Alésia .
Parmi ces Alésia qui furent sans doute nombreuses : l’Alésia des Mandubiens , celle assiégée par César ( Alésia Mandubiorum = Alésia des Mandubiens , peuple cité uniquement à l’occasion de la bataille d’Alésia ) .
Puis pendant le moyen-âge et jusqu’au XIXe siècle , les noms subirent de nombreuses mutations et il n’est arrivé jusqu’à nous aucune Alésia ayant gardé son nom intact .
.
Mais pour ce qui concerne Alise , est-il crédible que dans la courte période qui nous occupe , c’est à dire de 52 av. J.-C. jusqu’au milieu du siècle suivant ( cent ans tout au plus) , le nom ait connu une double transformation ?
Il serait passé d’Alésia à Alisiia alors même que la période était relativement stable ?
Et comment expliquer alors si toute l’évolution du nom d’Alise est logique , le nom de la ville d’Ales dans le Gard ?
Ales ancienne Alésia* qui portait encore ce nom au XIIe siècle …
Et qui n’avait donc pas troqué son E pour un I …
*Aussi Alesto, attesté à l'époque mérovingienne , sur une monnaie .
Si en Gaule l'évolution de E en I est normale , alors comment explique t'on que le E d'Ales n'ait pas muté ?
Et comment explique t'on Alieze ( Alisiacum 868 ) ? Alaise ( Alasia XII ) ? Aluze ( Aluse 1074 ) ? Allex ( Alisium 928 ) ? Aloxe ?
Avancer une rêgle linguistique de manière aussi affirmative , alors même que dans ce domaine rien n'est encore certain,ne contribue en rien au sérieux de toute recherche en la matière d'autant plus que P.Lebel affirmait déja en 1949 ( Autour du nom d'Alise ) :
De toute façon , que l'e d'Alésia ait été long ou bref , ouvert ou fermé , je ne pense pas que cette voyelle ait pu passer à I à la date de l'inscription précitée.
Est-il possible alors qu'il s'agisse de deux étymologies différentes ?
Observation qui nous amène alors sur une autre question …
Et si Alisiia n’avait jamais été une Alésia ?
Mais bien une antique Alisia dont le nom proviendrait d’une autre racine impliquant la présence d’une source minérale ( racine Alis désignant la source ), source attestée à Alise-Ste-Reine même, centre de nombreux pèlerinages durant des siècles et exploitée aussi par la médecine ( voir annexe : Etymon Alis ).
A ce propos il serait intéressant d’étudier la situation du village d’ Elise Daucourt dans la Marne ( y a-t-il une falaise ? ), site géographiquement proche et qui portait encore le nom d'Alisia au XIIe siècle ( Alisia 1130 , Alise 1222 cit. E.Nègre ) ,
Conclusion logique : Il y a donc eu très probablement sur notre sol à l'époque celtique , des Alésia et des Alisia .
Nous aurions donc affaire à une racine oronymique pour le premier toponyme , et à une racine hydronymique pour le deuxième .
Pour en revenir au cas d’Alise-Ste-Reine , il est étrange de constater que si l'on excepte le poème du moine Héric , la quasi totalité des documents et inscriptions concernant la petite cité n’ont jamais fait mention d’Alésia :
Documents , inscriptions ...
1ersiècle : Inscription ALISIIA
1er et 2e siècle : ALISIENSES ( monnaies )
5e siècle : ALISIENSI LOCO ° ( Constance )
6e siècle : IN PAGO ALISIENSE ( Fortunat )
EX OPPIDO ALISIENSE ( Étienne Afr. )
6e ou 7e siècle :
IUXTA ALISIAM ( vie de st-Loup )
8e siècle : LOCO ALISIA et LOCUM ALISIANE ( Martyrologe hiér. : Wiss. Berne )
13e siècle : ALYSIA, ALISIA ( Chartes diverses )
14e siècle : ALISIA VILLA, ALISE.
15e siècle : ALISENCIVM REGIO
18e siècle : ALIZE
NB : Il faut aussi noter pour étoffer la liste , et après le poème du moine Heric , que celui-ci reprend l'ancienne graphie Alisia dans " les miracles de St Germain " en 868 .
On trouve aussi postérieurement au poème , la graphie Alésia dans les actes de Ste Reine en 890 , dans certaines copies des manuscrits de la vie de St Germain du IX au XIVe siècle , et en 1309 : Alesya .
°Autres graphies postérieures à l'identification du IXème siècle ( manuscrits non originaux ):
In alefia ( XIIIe ) in Alesia ( XVe ) in alesensu loco ( IXe ) in alteriensi loco ( XIIIe ) in aliensi loco ( Xe ) in alisiensi loco ( XIe ) et in alesiensi loco ( époque non précisée ).
Voir le détail des manuscrits dans la page ANNEXE ; Textes sur Alise .
Et il est intéressant de constater qu’aucun auteur antique n’a jamais fait mention d’aucune Alisia ou Alisiia en parlant de cet événement :
Littérature ...
1er siècle avant J.-C. : ALESIA ( César )
1er siècle avant J.-C. : ALESIA ( Diodore de Sicile ) auteur grec
1er siècle avant et après J.-C. : ALESIA ( Strabon ) auteur grec
1er siècle après J.-C. : ALESIA ( Paterculus , Tite-Live , Tacite , Pline ) auteurs romains
2e siècle après J.-C. : ALESI'A ( Polyen ) auteur grec
2e siècle après J.-C. : ALESIA ( Plutarque ) auteur grec
2e siècle après J.-C. : ALEXIA ( Florus ) auteur romain
3e siècle après J.-C. : ALESIA ( Dion Cassius ) auteur grec
5e siècle après J.-C. : ALESIA ( Orose ) auteur romain
Il est probable que ces auteurs n'ont jamais mis les pieds en Gaule , ils ont donc écrit principalement d'après César et il n'est globalement pas surprenant qu'ils ne retranscrivent que la graphie Alésia .
Toutefois il est certain que la plupart ont eu accès à d'autres sources et notamment celles issues des témoins oculaires de l'événement , officiers ou accompagnants , qui ont relaté le siège d'Alésia et qui auraient pu retranscrire un éventuel nom " local " .
Ces récits sont aujourd'hui perdus ou résumés au travers des textes de Plutarque ou Dion Cassius notamment .
En admettant même qu'Alisia était la persistance d'Alésia et ce durant toute la période gallo-romaine , il paraît quand même très étonnant qu'à aucun moment et dans aucun texte ( en rapport avec le siège de César ) la graphie Alisia ne soit employée !
A l'inverse , il paraît tout aussi étrange qu'aucun auteur gallo-romain ou du haut moyen-âge n'ait jamais employé le nom Alésia en parlant d'Alisia , le site n'ayant jamais subi de rupture d'occupation , le nom antique et le souvenir de la bataille n'auraient pu s'oublier aussi facilement .
Alisia n'aurait donc jamais été Alésia ?
Faux ! Rétorquent encore certains défenseurs du site , car il existerait un nom savant donné par les érudits antiques « Alésia « et un nom indigène « Alisia « parlé et transcrit par le peuple …
En l'état cela n'est qu'une hypothèse , certes intéressante , mais sans preuve !
Autre pirouette pour tenter d'assimiler Alisiia à Alésia , les scribes antiques qui n'étaient pas trés adroits n'auraient pas su retranscrire le mot Alésia et l'aurait donc transformé ...
Sans commentaire ...
Ces explications n’étant pas vérifiables , elles sont donc par nature difficiles à contredire , par contre il est facilement compréhensible par tous que l‘emploi simultané d’au moins trois hypothèses pour tenter d’identifier Alisiia à Alésia , implique qu’aucune des trois n’est avérée …
D'après César , la plaine qui s'étend en longueur devant Alésia fait 4.5 km de long
( 3000 pas d'après César )
A Alise comment la calcule-t-on ?
La bataille finale ...
LE CAS DE LA COLLINE DU NORD :
L’affrontement final autour de cette montagne est le moment clef de la bataille d’Alésia et César y consacrera plusieurs pages , en effet l’armée Gauloise qui essaye de porter secours à Vercingétorix assiégé dans Alésia n’arrive pas à forcer les défenses Romaines dans la plaine . Les Gaulois de l’armée de secours essayent alors de contourner l’obstacle en passant par les hauteurs .
César :
Erat a septentrionibus collis, quem propter magnitudinem circuitus opere circumplecti non potuerant nostri: necessario paene iniquo loco et leniter declivi castra fecerunt . Haec Gaius Antistius Reginus et Gaius Caninius Rebilus legati cum duabus legionibus obtinebant.
" Il y avait au nord une montagne ( ou colline ) qu'en raison de sa vaste superficie nous n'avions pu comprendre dans nos lignes, et on avait été forcé de construire le camp sur un terrain peu favorable ( ou accidenté ) et légèrement en pente. Il était occupé par les légats Laïus Antistius Réginus et Laïus Caninius Rébilus, à la tête de deux légions. "
.
Puis après avoir contourné cette montagne pendant la nuit , l’armée de secours conduite par Vercassivellaunos attaque le camp Romain établi sur ses pentes .
Maxime ad superiores munitiones laboratur, quo Vercassivellaunum missum demonstravimus. Iniquum loci ad declivitatem fastigium magnum habet momentum . Alii tela coniciunt, alii testudine facta subeunt; defatigatis in vicem integri succedunt.
" Le danger est surtout grand aux fortifications de la montagne où nous avons dit qu’on avait envoyé Vercassivellaunos. La pente qui domine le terrain accidenté joue un grand rôle. Les uns jettent des traits, les autres s’approchent en formant la tortue ; des troupes fraîches remplacent sans cesse les troupes fatiguées."
Chacun interprétera à sa manière ce passage et il est bien évidemment possible de proposer d'autres traductions , mais l’étude du mot « Fastigium « ( qui a donné faîtage en Français ) permet de supposer que le camp était dominé par une pente d’une certaine importance où s’étaient installés les Gaulois , leur octroyant de ce fait un avantage qui faillit être décisif .
NB : Ad
declivitatem prend bien le sens de : inclinaison dans le sens de la descente , mais il
est ici associé à fastigium : " toit en pente formant pointe au sommet - faîte , sommet d'un édifice ou d'une montagne .
L'intégralité de la phrase permet donc de préciser la topographie de l'endroit .
Dans nombre de copies *du BG le mot « iniquum« de la seconde phrase est remplacé par « exiguum« ce qui donne un sens légèrement différent à la phrase , en général traduit par : « L'étroite sommité qui dominait la pente était d'une grande importance « .
*Il existe deux classes principales de manuscrits , suivant l'une ou l'autre classe , certains mots sont remplacés par d'autres , ce qui peut induire un sens légérement différent sur tel ou tel passage .
Précisons que ces différences sont malgré tout anecdotiques , mais devaient être signalées .
Le premier croquis relève de l’aspect théorique du Fastigium appliqué uniquement au camp Nord , le deuxième croquis est celui du site
d’Alise-Ste-Reine .
Il y a donc au Nord une montagne trop vaste pour que César puisse se permettre le luxe de l’englober dans ses lignes , il y construit donc un camp pour en garder l’accès et pour une raison qui peut nous échapper , il le construit sur un terrain défavorable soumis à la pente , peut-être était-il tout simplement impossible de le construire au sommet à cause d’une pente trop raide ?
Toujours est-il qu’à Alise le problème ne se pose pas puisqu’il n’y a pas de montagne au nord !
Le mont Réa habituellement identifié à cette « montagne « n’est en rien différent de toutes les collines qui entourent l’oppidum , il est même d’une altitude plus faible que celui-ci .
De plus le sommet de la plupart des collines ( et le mont Réa n’échappe pas à la règle ) est couronné de plateaux , le terme pente en ce qui les concerne semble tout à fait excessif .
Alors pourquoi César aurait-il établi des camps dans l’intervalle qui sépare
le « sommet « du mont REA et la plaine , en laissant ce même « sommet « potentiellement aux mains de ses ennemis ?
Généralement les défenseurs d’Alise éludent ce problème ; Constans avait le site sous les yeux lorsqu’il fît une des traductions de référence sur le texte Césarien , lui aussi élude cette difficulté due au « Fastigium « en restant le plus neutre possible .
La topographie alisienne ne permet pas d'autres traductions .
César :
Iniquum loci ad declivitatem fastigium magnum habet momentum.
Constans :
La pente défavorable du terrain joue un grand rôle .
Declivitatem peut signifier pente tout comme fastigium .
Constans escamote tout simplement la traduction du fastigium , normal !
Dans l'environnement immédiat d'Alise , ce mot ne signifie rien !
Le mont Réa vu du sud : Pas de fastigium , pas de pentes , de hauteurs , de colline , ni de montagne le surplombant ...
En passant , on peut remarquer l'immensité de la plaine , alors que César prècise par trois fois qu'elle ne fait que 4.5 km de long et qu'elle est enclavée entre les collines ...
Le même mont Réa vu de l'oppidum cette fois , où l'on constate qu'il ne peut être soumis à aucun danger venant d'aucune pente le surplombant !
Pour en finir avec cette analyse du camp Nord et pour être complet , on peut donc constater qu'à Alise non seulement le camp nord ° n'est soumis à aucun danger potentiel , mais on pourrait même considérer que vue sa topographie ( le mont Réa est un éperon somme toute assez isolé ) ; une position romaine au sommet serait de facto quasiment inexpugnable , ce qui en ferait donc un des points forts du dispositif Césarien !
On est donc à l'opposé sur ce point de la situation du camp dans le texte des commentaires .
° A signaler qu'aucun camp n'a été retrouvé lors des dernières fouilles sur les pentes du Réa , même situation au XIXe malgré des fouilles intenses , tout juste les fouilleurs de Napoléon III auraient-t-ils " deviné " la forme d'un camp dans la pente !
César signale l'existence d'un camp mais il y en avait peut-être deux ( deux légions ) , ce qui est encore plus problématique à Alise ; l'analyse n'a porté ici que sur un seul par souci de simplfication .
A signaler aussi que certains chercheurs ont fini par se dissocier de cette équation simpliste Réa=camp nord, tel J.Harmand en 1978 ( Caesarodunumsup n°28 p 420) :
Confronté à l'incompréhensible attachement des publications officielles envers une tradition inintelligente, on en vient presque à regretter qu'aient été faites les découvertes mobilières du sud-est du Réa , source profonde de cette illusion .
Or , si il n'y a pas de camp nord , de montagne nord et toujours pas de traces de la bataille finale à Alise , non seulement Alise n'est pas Alésia mais on se demande bien comment le futur muséo-parc qui envisage une reconstitution des événements in situ va trancher cette question !
Continuons de suivre César pendant la narration de l’assaut final :
Interiores desperatis campestribus locis propter magnitudinem munitionum loca praerupta ex ascensu temptant:
"Les assiégés, désespérant de venir à bout des fortifications de la plaine, car elles étaient formidables, tentent l’escalade des hauteurs …"
On retrouve plusieurs indications dans cette phrase :
Les assiégés renoncent à attaquer les fortifications de la plaine et essayent d’escalader les « praerupta« autrement dit les abrupts
Si les assiégés tentent d’escalader les hauteurs , c’est bien parce que le dispositif défensif Romain de la contrevallation est allégé sur les collines qui entourent l’oppidum par opposition à celles de la plaine qui sont « formidables « !
Et si ils doivent escalader des abrupts c’est qu’à certains endroits la pente doit être sévère et en avantdu dispositif défensif romain !
A Alise la quasi totalité des fortifications sont dans la plaine , nulle hauteur à escalader !
Pourquoi César aurait-il cru bon de faire une distinction entre les fortifications de plaine ( formidables ) et les autres ( allégées ) , alors même qu’il est facile de constater qu’à Alise , il n’y en a pas ... " d’autres " !!!
Concernant l’aspect de la plaine , point important !
Ante id oppidum planities circiter millia passuum III in longitudinem patebat.
La plaine de 3000 pas ( 4.5 km ) en avant de l’oppidum et décrite par César comme le thêatre de la plupart des opérations est tout simplement impossible à mesurer .
De par sa forme , en face d’Alise , la plaine des Laumes n’a ni longueur , ni largeur …
En tout état de cause on y cherchera désespérément une longueur à calculer !
PLAN D'ALISE DU XVIIIe siècle
Pour remédier à cette situation embarrassante , depuis plusieurs siècles les érudits travaillent à faire coïncider l'immense plaine des Laumes avec le texte de Jules César qui , lui , ne délivre qu'une petite longueur de 4.5 km .
En 1741 est édité le premier plan raisonné des fortifications Romaines d'Alise , seulement ce plan est truqué!
En effet pour faire coïncider la topographie avec le texte , l'ensemble du plan a été remanié , la longueur Nord-Sud de la plaine des Laumes est nettement amputée surtout au Nord , l'oppidum est desaxé vers le Nord , le mont Réa au Nord-Ouest de l'oppidum a lui carrément disparu et le petit village de Grignon s'avance par contre un peu plus dans la plaine comme pour la barrer ...
Tout cela pour que la plaine semble partir de l'oppidum ce qui est évidemment loin de la réalité du terrain .
Deuxième conséquence volontaire et primordiale , il suffit alors de créer une ligne droite de l'oppidum vers Grignon pour obtenir les 4.5 km requis (*) !
M.Reddé s'en étonne vaguement : " Egarement de la boussole ? Erreur de levée ? Conscience plus ou moins claire , que la colline septentrionale n'est pas exactement à la place qu'une lecture idyllique du texte de césar permet de supposer ?"
(*) M.Reddé parvient malgré tout à cadrer avec le texte au prix d'une petite manipulation intellectuelle qui est loin d'être concluante ( p 133 Alésia : L'archéologie face à l'imaginaire) ...
Il reprend tout simplement et de manière à peine plus subtile le même procédé que d'Anville !
Citation : La longueur de cette plaine mesurée du pied de l'oppidum ( secteur des trois ormeaux ) jusqu'à l'endroit où elle se referme ( Grignon ) est de 4.5 km ... Dans le sens Est-Ouest de la pente des cours d'eau .
Devant l'oppidum , à l'Ouest , une plaine dont les dimensions sont trés exactement celles du texte Césarien .
Libre à chacun de juger de la pertinence du propos ...
A noter , que calculée nord-sud , la longueur totale de la plaine avoisine les 20 km !
LES SIEGES ET AUTRES DESTRUCTIONS
Autre étrangeté du site d’Alise , la multiplicité des sièges subis …
Il est pour le moins très étonnant de constater que pendant la période romaine , le site a subi de nombreuses attaques !
Si les sièges listés ci-dessous n'ont vraisemblablement pas de rapport direct avec l'épisode principal daté du 1er siècle av.J.-C. qui a concerné Alise-Ste-Reine , ils paraîtrait vraisemblable qu'ils aient laissé des traces et brouillé quelques pistes , notamment pour toute recherche avec détecteur de métaux . .
Dans la liste ci-après , figurent les événements qui ont marqué l'histoire de l'Alisia antique , Ces événements peuvent être des sièges avec ou sans destruction de la ville et des destructions seules qu'elles soient accidentelles ou volontaires :
1) En 21 ap JC . le général romain C.Silius fait le siège d'Alisiia et emporte la place !
En effet l'Eduen Julius Sacrovir allié au Trévire Julius Florus est venu se réfugier sur l'oppidum où il avait trouvé du renfort .
2) Grand soulèvement de 68-70 par Vindex , classicus , tutor , sabinus , civilis , ils profitent du désordre qui précéde et suit l'assassinat de neron et de la guerre civile qui s'ensuit , civilis essaye d'embraser la gaule du nord-est : trevires , lingons , bataves , sequanes , eduens se soulèvent .
Rome devra mobiliser 6 légions en 70 pour en venir à bout .
Sur l'oppidum d'Alise dans la ville Gallo-Romaine se trouve la maison dite au Silène , dans la pièce n° 3 il a été retrouvé trois sous-sols superposés , le premier sans doute utilisé jusqu'au bas empire , le deuxième détruit par un incendie ( fin 2ème siècle ) , le troisième comportait un grand nombre de tessons ( vase , vaisselle ) brisés de l'époque de Claude et de Neron où il a été constaté que le sanctuaire de Taranis avait subi des dégats considérables .
3) En 196-197, Septime Sévère et Albinus se disputent l'empire et c'est par une victoire devant Lyon en 197 que Septime Sévère l'emporte
la maison au Silène a subi un pillage et une mise à sac méthodique , la preuve de la mise à sac est apportée surtout par les outils exhumés du sous-sol et du grand puit .
Il s'agit d'une maison de marchand dont les affaires ont été interrompues brutalement par un drame .Les monnaies recueillies placent ce drame vers la fin du second siècle de notre ère .
Le monument à crypte a été saccagé avant d'être détruit par le feu , la violence de celui ci avait transformé les matériaux en chaux , or cet incendie est daté approximativement par un denier d'argent au nom de Septime Sévère recueilli dans la crypte , denier frappé après la campagne de 197-198 contre les Parthes .
Concernant ce second désastre de la maison au Silène , la destruction fut systématique et organisée .
Cet événement intervenant après la victoire contre Albinus , on peut supposer qu'il ne s'agit donc pas d'un siège mais d'une répression effectuée par Septime Sévère , peut être pour l'aide délivrée par la ville à Albinus ?
4) En 250 . Nouveau siège de la ville contre les bagaudes !
Pas d'incendie constaté , la ville fut sans doute prise mais pas détruite .
5) En 275-276 . Nouvelles et terribles dévastations des Germains en Gaule
On constate sur le site un troisième Incendie autour de la période de Tetricus le père ( 271/273) .
Après celui-ci on se contente de rétablir les murs détruits en utilisant essentiellement des matériaux de remploi .
6) HIVER 356-357 . Les légions de Julien l'apostat assiègent les Alamans et les Burgondes retranchés dans Alisia , la ville est prise !
7) En 377 Gratien remporte une belle victoire sur les Alamans
L'incendie qui a détruit Alisia une quatrième fois date de cette période là ou juste après , y'a-t-il un rapport entre ces deux événements ( siège , accident , répression ) ?
Comment est-il possible que seul le siège de -52 soit archéologiquement parlant ?
Les sièges cités ci-dessus ont fatalement laissé des traces , même superficielles !
Le dossier alisien en est donc fatalement impacté .
Toutefois et pour être honnête , cet aspect du problème est d'importance secondaire et doit être relativisé , de toute évidence le siège alisien est antérieur à l'époque gallo-romaine .
LA BATAILLE PRELIMINAIRE
Revenons aussi un instant sur la bataille préliminaire de cavalerie qui a opposé César à Vercingétorix alors que ce dernier venait de tendre une embuscade à l'armée romaine en retraite vers la
province , cet affrontement sanglant ( 3000 morts chez les gaulois ) tournera à l'avantage de césar obligeant Vercingétorix à se réfugier sur l'oppidum d'Alésia .
Or César raconte que dès le lendemain il se retrouve en face d'alésia , il est bien évident qu'il n'a pu poursuivre les Gaulois pendant la nuit et en territoire inconnu , la bataille préliminaire
se situe donc à peu de distance de l'oppidum , la plupart des spécialistes estiment à une demi-journée ou à une vingtaine de km la distance parcourue par l'armée de Vercingétorix et ses bagages
après l'affrontement .
La topographie décrite par César et la distance estimée avec Alésia n'ont jamais permis de retrouver à proximité d'Alise le lieu de cet affrontement , plusieurs sites ont été proposés depuis 150
ans sans qu'aucun ne convienne .
Certains défenseurs d'Alise se sont donc cru autorisés à traduire le mot altero
die par le surlendemain ( voir à ce sujet et par exemple M.Reddé
dans " Alésia : L'archéologie face à
l'imaginaire" p 44 ), utile pour élargir le champ des possibilités mais contraire aux
règles de traduction latine .
Caesar impedimentis in proximum collem deductis, duabus legionibus praesidio relictis, secutus quantum diei tempus est
passum, circiter tribus milibus hostium ex nouissimo agmine interfectis altero die ad Alesiam castra fecit .
"César laissa
ses équipages sur un coteau voisin, les commit à la garde de deux légions, poursuivit l'ennemi tant que le jour dura, lui tua environ trois mille hommes de l'arrière-garde, et campa le lendemain
devant Alésia ."
Altero die
se traduit bien par le lendemain **( voir Gaffiot ) , mais certains esprits subtils ont argué qu'il était possible de traduire par le
surlendemain sous le prétexte qu'altero pouvait faire partie d'une énumération
( Voir Cicéron * ) en oubliant au passage que dans ce cas précis il n'y avait pas d'énumération ...
* Cicéron, phil. I,32 dans l'expression " proximo, altero , tertio , reliquis consecutis diebus"
**J. Carcopino , Alésia où les ruses de César, p 214 .
Et note 57, même page : R.Durand , mélange Thomas, Bruges , 1930 , p. 214-228 , dont l'interprétation s'impose .
"Et puisque , dès le lendemain même de la mêlée , pour lui victorieuse , - altero die- , César , poursuivant l'adversaire (...) est arrivé (...) en vue d'Alésia ."
J.Le Gall , La bataille d'Alésia, 2000 , p 12 .
"Nous ignorons où eut lieu cette bataille de cavalerie .Nombre d'hypothèses ont été proposées à ce sujet , aucune ne s'impose .
César arriva devant la place le lendemain et entreprit aussitôt de l'investir ."
Si Alise n'est pas Alésia ...
Alors Alésia est ailleurs !
Laissons s’exprimer sur le sujet un des grands défenseurs d’Alise , Jérôme Carcopino :
" Il est à mon avis certain que trois textes au moins localisent chez les Séquanes l'Alésia de Vercingétorix.
Le plus explicite est le passage de Dion Cassius...( Il ) affirme que le chef gaulois surprit le proconsul dans sa marche et l'enveloppa chez les Séquanes ...
Le témoignage de Dion Cassius est donc formel .
Au lieu de ruiner l'assertion de Dion Cassius , Plutarque la renforce lorsqu'il indique que c'est là , c'est à dire chez les Séquanes ...
Enfin et surtout Plutarque et Dion Cassius sont d'accord non seulement l'un avec l'autre , mais tous les deux ensembles avec César ."
Pourquoi donc Carcopino essaie t’il de justifier la localisation d’Alésia chez les Séquanes ?
Alors même qu’il défend l'idée qu'Alise est Alésia , et alors même qu'Alise est située en territoire Eduen voire Lingon …
De toute évidence , à force de lire et de relire les textes , Carcopino , philologue éminent , avait fini par acquèrir la conviction qu'Alésia était bien en Séquanie .
Or à l'époque de César le territoire Séquane est en lieu et place de l'actuelle Franche-Comté , pour Carcopino il fallait donc absolument replacer Alise dans ce contexte et ainsi établir définitivement sa crédibilité vis à vis des textes antiques .
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L’extrait présenté ci dessus provient du livre " Alésia où les ruses de
César" ( édition de 1958 ) , dans cet ouvrage Carcopino essayait désespérément de prouver
l’existence de Séquanes de l’ouest à l’emplacement d’Alise ; et bien que l'ouvrage soit maladroit , parfois malhonnête et l’hypothèse fausse , le livre n’en reste pas moins intéressant du
fait de la grande érudition de son auteur .
Jérôme Carcopino , historien , archéologue et haut fonctionnaire Français est né le 27 juin 1881 et est décédé le 17 mars 1970.
Historien de la Rome antique, il a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels on doit citer le plus important : César qu'il fit paraître en 1936.
Si on étudie dans le détail les textes concernés , il en ressort effectivement que César fut attaqué par Vercingétorix dans le pays des Séquanes et il est donc fort probable que l’Alésia des Mandubiens s’y trouve aussi !
Suivons César , Plutarque et Dion Cassius
César
BG 7.66
Magno horum coacto numero, cum Caesar in Sequanos per extremos Lingonum fines iter faceret, quo facilius subsidium provinciae ferri posset, circiter milia passuum decem ab Romanis trinis castris Vercingetorix consedit
Vercingétorix forme de ceux-ci un corps nombreux et, comme - César faisait route « vers « le pays des Séquanes par l’extrémité du territoire des Lingons,- afin de pouvoir plus aisément secourir la Province, il s’établit, dans trois camps, à environ dix mille pas des Romains
( - Traduction généralement admise - Pour saisir le sens exact de la phrase de César , il est utile de se reporter aux pages 81 à 85 de l'ouvrage "Alésia" par Berthier et Wartelle, analyse du texte par J.Y Guillaumin .
Après décryptage et mise en contexte , tout indique que César était déjà chez les Séquanes lorsqu'il fut attaqué par Vercingétorix .)
La vie de Jules César par Plutarque
XXIX.
César fut donc obligé de décamper promptement et de traverser le pays des Lingons, pour entrer dans celui des Séquanes, amis des Romains et plus voisins de l’Italie que le reste de la Gaule. Là, environné par les ennemis, qui étaient venus fondre sur lui avec plusieurs milliers de combattants, il les charge avec tant de vigueur, qu’après un combat long et sanglant, il a partout l’avantage et met en fuite ces Barbares .
Dion Cassius
Livre XL
César voulut marcher sur-le-champ contre les Éduens ; mais, arrêté par la Loire, il se dirigea du côté des Lingons, et ne fut pas plus heureux.
Vercingétorix, à qui César ne paraissait plus redoutable à cause de ses revers, se mit en campagne contre les Allobroges. Il surprit dans le pays des Séquanais le général romain qui allait leur porter du secours, et l'enveloppa ;
Nous sommes donc chez les Séquanes , mais qui étaient ils ? D’où venaient ils ? Où se situaient ils ? Et à quelle époque ?
Comme la plupart des autres peuples gaulois ils n’apparaissent qu’à la faveur de la guerre des gaules.
Avant nous ne savons quasiment rien des habitants de l’Europe septentrionale . Les celtes eux même ne commencent à être cités qu’au Ve siècle av. J.-C. et encore de manière très réduite .
Pour ce qui concerne les Séquanes on sait qu’ils ont habité les parages des sources de la seine dont ils ont pris le nom , à moins qu’ils ne l’aient eux-même donné au fleuve , là encore rien n’est établi avec certitude ; ce qui est certain c’est qu’à la période de la guerre des gaules leur territoire s’étendait grosso-modo en lieu et place de la Franche-Comté .
Les frontières du territoire Séquane nous sont à peu près connues , César nous dit par exemple que les Séquanes et les Eduens se disputaient régulièrement les péages sur la Saône ce qui implique bien évidemment que les limites des deux territoires n’en étaient pas loin ; il nous dit aussi qu’au sud il existait un passage étroit et difficile, entre le Jura et le Rhône, où pouvait à peine passer un chariot et dominé par une haute montagne ( Bellegarde-sur-Valserine ) ; ce passage était tenu par les Séquanes. Il nous dit aussi que le Jura séparait les Séquanes des Helvètes ; mais bien évidemment les limites exactes ne peuvent que rester sujettes à caution .
STRABON
Si on veut utiliser une autre source que César pour matérialiser sur une carte ce territoire et recouper les informations , il est peut être intéressant d’utiliser la géographie de Strabonqui est quasiment son contemporain .
Partant de l'Est Strabon nous dit :
Aux Helvètes, le long des bords du Rhin, succèdent les Séquanes et les Médiomatrices, et, compris parmi ces derniers, les Tribocques, peuple germain, enlevé naguère à ses foyers et transporté là de la rive opposée du fleuve. Le mont Jurasius, situé dans le pays des Séquanes, sert de ligne de démarcation entre ce peuple et les Helvètes. Au-dessus, maintenant, des Helvètes et des Séquanes, dans la direction du couchant, habitent les Aeduens et les Lingons
Et partant du Sud , c’est à dire de Lyon :
Quant aux peuples qui succèdent aux Segosiavi dans la direction du Rhin, ils ont pour leur servir de limite, les uns, le Doubs, les autres l'Arar ( La Saône ) , deux rivières qui, ainsi que nous l'avons dit précédemment, descendent aussi des Alpes et se jettent dans le Rhône, après avoir confondu leurs eaux. Mais il y a encore une autre rivière , le Séquanas, qui prend sa source dans les Alpes et va se jeter dans l'Océan, après avoir coulé parallèlement au Rhin et avoir traversé tout le territoire d'un peuple de même nomcompris entre le Rhin à l'est et l'Arar à l'ouest :
La géographie de Strabon est d’une précision approximative mais fort utile quand on veut se donner une idée des territoires à l’époque de la Guerre des Gaules, et il peut effectivement donner l’impression de se tromper en faisant jaillir la source de la Seine dans les Alpes .Impression trompeuse !
Il faut effectivement noter qu'à l'époque et pour Strabon la chaîne du Jura faisait partie des Alpes . Et " l’erreur " elle-même n’est peut être pas si saugrenue que cela , on le verra par la suite .
En 1958 lorsque Carcopino sort son livre , il pense et c’est logique , que les Séquanes viennent de Suisse via le Jura . En effet cet itinéraire est le plus probable puisqu’on sait que le centre de l’expansion celtique , voire pré-celtique , si on remonte dans le temps , se situe autour de l’arc Alpin principalement en Suisse , sud Allemagne et Autriche .
Mais il se trompe sans doute car les Séquanes ne venaient peut-être pas de l’est mais vraisemblablement du nord !
Il s’agit bien évidemment d’une hypothèse invérifiable en l’absence de traces écrites , mais les « coïncidences « qui parsèment le voyage sont pour le moins troublantes .
(2) ORIGINE DES SEQUANES .
Voir en annexe , la rubrique HYPOTHESE
ALESIA A ALISE ?